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dimanche 9 novembre 2008

Ras le bol

J'adore mon métier. Je suis libraire et hormis écrire, je ne vois pas ce que j'aurais envie de faire d'autre...

Seulement, quelque fois, j'ai en main des livres que je ne supporte pas vendre, (Zemmour, Soral, Schopenhauer, entre autres évidemment), mais parfois j'ai ça aussi:




Quoi de plus sympathique pour commencer sa journée que de constater que la célèbre collection de livre informatique au nom si évocateur, s'est dite un beau matin qu'il fallait bien un livre spécial pour expliquer à ces courges que sont les femmes comment on allume un ordinateur, comment on branche une imprimante et comment on se connecte à Internet...


Cet éditeur avait pourtant une multitude de titre dans cette collection qui se proposait déjà d'expliquer au moins érudit d'entre nous comment s'en sortir avec cette machine infernale qu'est un ordinateur, il faut croire que sa géniale équipe s'est dite que ce n'était pas assez simple pour les pauvres femmes qui ont plus l'habitude de manier un aspirateur qu'un ordinateur!


On peut toujours compter sur la vénalité de certain éditeur pour avoir une image précise des stéréotypes toujours en vigueur en 2008, car quand un livre est édité spécialement pour expliquer aux hommes comment faire une chose qu'ils n'ont pas l'habitude de faire, qui n'est pas son domaine d'activité généralement réservé au sexe opposé, devinez de quoi parle ce livre???



Vous ne voyez pas:






Bah de cuisine... mais pas celle des chef.fes, celle de tous les jours, celle que font les femmes pendant que monsieur est devant son ordinateur...

Vive le sexisme ordinaire.



samedi 29 mars 2008

Ces petits rien qui nous empoisonnent.

Un de mes clients cherchait une idée de livre à offrir pour une personne de son entourage qui s'intéresse un peu à tout... Il voulait une sorte de dictionnaire encyclopédique qui couvre un large champs de connaissance sans être généraliste dans les explications ni trop volumineux et bien sur pas trop cher.

je lui pose la question suivante:

Moi: Est ce qu'elle aime l'étymologie ou plus généralement l'évolution et l'usage de la langue française? ( en vue de lui conseiller le dictionnaire historique de la langue française chez Robert publié en format poche à 64€)

Le client: Elle!!! (hurlé si fort que tous les clients de la librairie se sont tournés vers nous) Pourquoi vous dites elle!! (ton indigné) C'est pas une femme!

Moi (une fois la stupéfaction passée): J'utilise "elle" pour remplacer le nom féminin personne que vous avez vous même employé pour parler de votre ami.
Maintenant, même si je m'étais effectivement trompée sur son genre, je ne vois pas en quoi cela justifie votre indignation?

Le client (à peine audible): Vous avez raison, excusez moi, je ne l'avais pas compris comme ça.

C'est bien ça le problème, féminiser un homme ou parler de lui comme on parlerait d'une femme reste dans l'usage une insulte, une humiliation et demeure un symbole ultra péjoratif.

dimanche 17 février 2008

Au détour d'une conversation...

Avez-vous remarqué comment les idées reçues ont la vie dure et surtout comment elles s’appuient sur l’indétrônable « on m’a dit ».
Hier, une de mes clientes qui a confondu ma condition de salarié avec celui d’esclave en gilet vert qui fait ce que je lui dis parce que le client est roi et surtout qui doit écouter avec le sourire tout ce que j’ai à lui dire parce que je suis plus intelligente qu’elle sinon elle ne serait pas libraire à la F…, a finalement terminé son monologue par:

- oui mais bon quand même, je ne vois pas comment on peut être d’accord avec ça (je ne sais pas à quoi le « ça » fait référence, je n‘ai pas écouté) mais quand on regarde les sociétés primitives, on voit bien que c’est l’homme qui a toujours dominé, c’est normal, c’est lui qui ramenait la nourriture, même dans les sociétés matriarcales, ça a toujours été comme ça et ce n’est pas pour rien. Les hommes ont un truc en plus.

- Quand vous vous demandez qui a peint les grottes de Lascaux, vous vous imaginez immédiatement un homme ou un groupe d’hommes? Pas une femme ou un groupe de femmes et encore moins des femmes et des hommes ensemble. Pensez vous que c’était réellement le cas ou ne croyez vous pas plutôt que votre vision de l’Histoire n’est absolument pas objective et que les éminents anthropologues qui vous ont probablement inspiré cette théorie, ont cherché à comprendre l’évolution de notre espèce en se basant sur les même distinctions et distributions des rôles qui existent entre nos deux sexes aujourd’hui?

Les travaux de Mme Gimbutas vont à l’opposé de cette figure sexiste et parlent de sociétés anciennes qui ne sont pas basées sur la discrimination sexuelle. Pour ma part, je dois vous avouer que je n’en sais rien, mais mon bon sens m’oblige à me poser la question et ne rien admettre sans chercher à en savoir plus.

Mais partons du principe que vous avez raison, l’homme a toujours dominé la femme. Est il raisonnable pour autant de lui attribuer une valeur supérieure à la femme? Devons nous considérer cette différence comme « naturelle » propre à notre espèce ou chercher une explication en dehors de toutes considérations anatomiques ou génétiques? (lire ou relire Albert Jacquart, Lévi-Strauss, Jared Diamond etc…)
Vous dites qu’il en a toujours été ainsi. Et alors? Est-ce un argument suffisant pour continuer à organiser nos sociétés sur cette distinction.
Par analogie, il y a toujours eu des pauvres et des riches, mais nous considérons cela comme une injustice et nous cherchons un moyen efficace d’y remédier.
Rien ne peut justifier ou défendre la prédominance d’un sexe sur l’autre.
Évidemment ma cliente a tourné les talons au moment où je devais prononcer les mots « pensez-vous que… » mais, qui sait, le hasard la ramènera peut être sur mon blog.

lundi 14 janvier 2008

Avez vous un collègue masculin?

Je travaillais à l’époque dans une grande librairie parisienne (qui vend aussi des disques, des DVD, des télévisons et des ordinateurs mais dont je tairai le nom). Cette question de mon client complètement inattendue m’a laissé perplexe. En quoi un homme peut lui venir en aide mieux que moi ?

Il voulait regarder une encyclopédie exposée tout en haut d’un rayon et il cherchait quelqu’un pour l’attraper (porter un gilet vert et vous devenez corvéable à souhait!) Il savait qu’une encyclopédie regroupe l’ensemble des connaissances universelles dont justement il avait grand besoin et toujours très perspicace il avait deviné que tout ce savoir regroupé dans un seul ouvrage devait peser bien lourd. Selon lui et conformément à l’imaginaire collectif qui lui aussi est malheureusement universel, seul un homme pouvait hisser sans difficulté ces cinq kilos de savoir en bas du rayon.

On a beau vous le rabâcher dès votre plus jeune âge qu’un homme est plus fort qu’une femme, c’est toujours surprenant de constater à quel point on nous considère comme faible.
L’homme en général a une masse musculaire plus développée qu’une femme en général, ce qui le rend plus fort. C’est une réalité qu’on ne peut que constater et qui est criante dans les compétitions sportives. On peut toutefois se demander si elle est bien la conséquence de son chromosome Y ou celui de notre longue évolution qui a justement mis l’homme du coté de la force physique.
Une femme en général vie plus longtemps qu’un homme en général. Cette différence s’explique surtout par sa condition [elle ne faisait pas la guerre, n’avait pas de comportement à risque comme fumer, boire, se battre et n’avait pas un ego mal placé (je vais voir un médecin quand je sens une douleur parce que ce n’est pas honteux d’avoir mal)]. Son double X ne l’avantage pas, comme aucun chromosome d’ailleurs.

Ce qui est contraire au bon sens, c’est de considérer que toutes les femmes sans exception sont toujours plus faible qu’un homme quel qu’il soit! Si pour satisfaire mon client, j’avais du faire appel à mon collègue supposé plus fort, il aurait été très surpris de constater qu’il était plus petit et moins musclé que moi! Cette différence de force, dernière fierté de la nation des hommes, en quoi nous intéresse t-elle, nous les doubles X? Est-ce vraiment important de se mesurer aux autres pour savoir lequel peut avoir le dessus?

Le problème n’est pas une question de prestige. Cette croyance ancrée dans l’inconscient collectif à des répercussions désastreuses sur les relations homme femme. Elle nous présente comme des victimes potentielles. Si je suis un homme je peux m’en prendre à une femme parce qu’elle est plus faible. Si je suis une femme je vais avoir du mal à me défendre parce que l’homme est plus fort que moi. On a d’un coté l’assurance de gagner et de l’autre celui de perdre. On connaît tous l’issu de l’affrontement quand il y en a un!